Abbaye Notre-Dame de Sénanque
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Homélies

Homélie du dimanche 15 octobre 2017

XXVIIIème dimanche du temps ordinaire de l’année A

Par le Frère Jean

Le texte de cette homélie n’a pas été relu par le prédicateur

(Le style oral a été conservé)

Chers frères et sœurs,

Après la parabole de dimanche dernier sur les métayers révoltés, voici aujourd’hui une autre parabole dont le parallélisme avec celui de dimanche dernier est frappant!

Il s’agit du Royaume ou du règne de Dieu, figuré ici par un festin royal et nuptial. Dans les paraboles des évangiles, le roi est classiquement figure de Dieu et le Fils du roi - comme le fils du propriétaire de la vigne de dimanche dernier - est une figure évidente du Christ Jésus… et ses Noces avaient déjà été reconnues et saluées par Jean le Baptiste comme étant celles de l’Époux par excellence.

Le festin des Noces est bien imminent, frères et sœurs, nous tous y sommes conviés, il faut s’y préparer! Non seulement nous baptisés, membres du Corps du Christ en son Église, mais tous les hommes y sont conviés, les bons et les mauvais comme dit l’Evangile de ce jour.

Lorsqu’en 1962 le saint pape Jean XXIII introduisit la première séance du Concile Vatican II, il fixa deux buts au Concile:

Tout d’abord l’unité des chrétiens et puis l’unité du genre humain. Bien des pas ont été faits depuis maintenant plus de cinquante ans pour accomplir ces deux buts, même s’il reste encore bien du chemin à faire... Qui sont ces invités qui reçoivent l'invitation et qui n’y répondent pas?

Dans la pensée de l’évangile, Mathieu pense probablement aux chefs religieux du peuple juif qui ont fait défection et qui n’ont pas accueilli la nouveauté de la Parole du Christ. L’Église serait alors l’assemblée de ceux qui ont entendu et qui ont répondu à l’appel du Christ à partager son festin. Il semble qu’il ne faille pas trop chercher de sens précis aux différents détails de cette quête des remplaçants... qui remplace ceux qui ont fait défection?

La hantise du Christ comme celle de l’Église aujourd’hui, c’est que l’appel à entrer dans la salle du festin et y partager le repas des Noces, ne soit pas entendu par tous ceux - et ils sont nombreux de nos jours - qui n’ont jamais entendu l’appel du Christ de l’Évangile, et qui n’auront peut-être jamais l’occasion de l’entendre. Aussi le but du Concile Vatican II, de rassembler dans l’unité - comprenons dans l’unité du Christ, dans l’unité du Royaume, tout le genre humain! - ce but du Concile est plus que jamais d’actualité aujourd’hui, tant et tant d’hommes et de femmes, nos contemporains que nous côtoyons chaque jour n’ont jamais entendu parler en vérité de l’Évangile, de la vie divine, de la vie avec le Christ, du Royaume des cieux.

Si l’invitation du Christ, frères et sœurs, à le rejoindre est pressante, elle ne peut cependant être contraignante… écoutons ce qu’en dit le Concile Vatican II dans son décret sur la liberté religieuse:

«Dieu appelle l’homme à le servir en Esprit et en Vérité; si cet appel oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas! Si le Christ, poursuit le Concile, a rendu témoignage à la Vérité, il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs; si son Royaume s’étend, c’est grâce à l’Amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes.»

Alors, frères et sœurs, pourquoi cet homme non revêtu de la robe nuptiale, est-il jeté dehors, «pieds et poings liés»?

Si tous les hommes sont appelés au festin - et tous le sont effectivement, les bons comme les mauvais - tous cependant, ne le reconnaissent pas comme Seigneur, même après avoir entendu l’appel… c’est le grand mystère de la liberté humaine!

On doit inviter tout le monde à la danse mais on ne peut forcer personne à danser!

Car il s’agit, frères et sœurs, non seulement d’entrer dans l’Église par la porte du Baptême mais d’y être assimilé au Christ!

Réentendons St Paul:

«Vous qui avez été baptisés dans le Christ, avec l’eau dans l’Esprit, vous avez revêtus le Christ» et encore «Revêtez-vous des sentiments de compassion, d’humilité», …etc.

On voit par ses paroles, frères et sœurs, qu’il s’agit d’intériorisation.

Que ce soit du Baptême… comme d’une plongée, ou d’un vêtement qui n’est pas un manteau tout extérieur qu’on endosserait, mais il s’agit de notre union, de notre intégration, de notre assimilation au Christ Jésus.

Comme disait si bien St Augustin:

«On ne naît pas chrétien, on le devient!»

Le vêtement de Noces; c’est le vêtement de la foi! Mais il ne suffit pas de l’endosser au jour de notre Baptême - puisque par le Baptême nous recevons effectivement la foi - il faut qu’il soit habité par l’Amour… «La foi sans les œuvres, dit St Jacques, ne suffit pas… même les démons ont la foi«Qui veut être au Christ, qu’il fasse les œuvres du Christ; s’il ne veut pas faire les œuvres du Christ, qu’il ne vienne pas au Christ» disait un père du Vème siècle.

Que cette Parole des invités à la Noce, frères et sœurs, nous rende plus attentifs à la voix du Seigneur à partager son festin… celui du Royaume, à la fin des temps, quand il viendra pour juger les vivants et les morts, mais aussi ce festin que Jésus veut partager dès aujourd’hui avec chacun d’entre nous.

«Voici que je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi».

Mais ce repas de Noces, frères et sœurs, nous le voulons pour tous les hommes, car la royauté du Christ est universelle… cela passe par la croix, car il faut mourir à une part de nous-mêmes pour que le prochain, toujours différent, puisse s’assoir avec moi à la table du festin. Cela s’appelle la catholicité de l’Église!

Que le Christ, frères et sœurs, nous affermisse dans notre foi et dans l’Amour, en passant par la porte étroite du Royaume… telle est notre espérance, telle est notre joie et nous voulons la partager avec tous les hommes. Amen!