Abbaye Notre-Dame de Sénanque
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Homélies

Homélie du dimanche 22 avril 2018

4ème dimanche de Pâques - Année B

Par le Frère Jean

Le texte de cette homélie n’a pas été relu par le prédicateur

(Le style oral a été conservé)

Chers frères et sœurs, en ce temps de Pâques, où comme le dit la liturgie la grâce du Christ se fait plus abondante, Jésus vient à nous comme il est venu de multiples fois au-devant de ses apôtres et de ses disciples durant ce temps qui sépare le jour de sa Résurrection de son Ascension. Il vient avec ce salut sur les lèvres: «La Paix soit avec vous!»Shalom!

Cette paix qu’il nous laisse en héritage comme il l’avait promis à ses apôtres au soir du Jeudi Saint, après leur avoir lavé les pieds et institué l’Eucharistie, les avoir institués prêtres du Sacerdoce nouveau, leur disant:

«Je vous la Paix, je vous donne Ma Paix! Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne.»

La Paix que le Seigneur Jésus a laissé à son Église, frères et sœurs, est un grand Don que nous ne pouvons garder pour nous-mêmes. À notre tour, nous sommes envoyés dans le monde pour transmettre cette Paix dont le monde a tant besoin. Shalom!

À la différence de la paix fragile entre les nations, entre les peuples, souvent faite d’équilibres, de concessions, de compromis, la Paix que le Christ vient apporter au monde n’est rien d’autre que lui-même: Jésus est le Prince de la Paix!

La recevoir, l’entretenir, la transmettre, est toujours le fruit d’un combat spirituel, d’où cette autre Parole de Jésus, cette fois-ci en St Luc: «Pensez-vous que ce soit la paix que je sois venu mettre sur la terre? Non, je vous le dis, mais plutôt la division! »

C’est ici, frères et sœurs, qu’il faut lire la Parole de Dieu dans son unité, dans sa totalité, pour découvrir qu’au-delà des contradictions apparentes, réside une affirmation apparemment contradictoire. La Paix que le Christ apporte au monde est celle que les anges chantèrent dans la nuit de Noël:

«Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre Paix pour les hommes ses bien-aimés!»

La paix apportée par Jésus n’élimine pas les tribulations que la vie nous occasionne quotidiennement mais elle nous donne de vivre ces tribulations, avec au fond de l’âme, une Paix que le monde ne peut pas nous ravir.

C’est la Paix de ceux qui se savent aimés de Dieu et protégés par lui dont l’Évangile de ce jour nous dit «qu’il est le Bon Berger» mais aussi le beau Berger!

Cette remarque, frères et sœurs, m’amène à souligner en ce temps de Pâques, la beauté de la vie en Christ, que les chrétiens d’Orient aiment à appeler «la philocalie»; le chrétien est celui qui est l’ami de la beauté! Ce concept de beauté apparaît tout au long de l’histoire du Salut. La Résurrection du Christ est la révélation de la beauté absolue! Nous sommes faits pour la beauté! Elle donne renaissance à la beauté que l’homme a perdue par le péché.

Le cœur humain a la nostalgie de cette beauté des origines et de la communion où se révèle le Don désintéressé d’une personne à l’autre.

Avec le Don de la Résurrection, l’homme est à nouveau donné à lui-même dans le mystère de son humanité. À l’homme est redonné sa véritable masculinité, sa féminité, la capacité de se donner à l’autre dans la communion.

Comme le dit le concile Vatican II: «L’homme est un être semblable à Dieu qui ne peut se réaliser qu’à travers le Don désintéressé de soi»; comme le Bon Pasteur qui dit «se dessaisir de sa vie pour ses brebis».

«L’homme peut vivre sans la science, écrit l’auteur Russe Dostoïevski, l’humanité peut vivre sans la science, elle peut vivre sans paix mais il n’y a que sans beauté qu’elle ne pourrait plus vivre, car il n’y aurait plus rien à faire au monde, tout le secret est là, toute l’histoire est là! »

Le Bon Berger, le Beau Berger, fait de nous des êtres ‘philocaliques’, c’est-à-dire amis de la beauté pour en être dans le monde le reflet voulu par Dieu; ce Dieu en qui nous avons mis notre foi, lui qui est bon et ami des hommes, Amen!